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Vie et réflexions d'une mère de famille infirmière...

11 décembre 2008

en service.

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          Depuis mon retour de congé maternité, j'ai pris un poste un peu différent... Je travaille toujours aux urgences la nuit, mais je suis aussi "volante". on dit aussi "tournante" mais le terme est moins flatteur...

          J'aime beaucoup l'ambiance qui règne dans les services à l'heure du coucher. C'est très différent de l'ambiance des urgences. Les patients ont besoin.. De patience. L'angoisse se montre parfois a l'heure ou la nuit est tombée, les langues se délient, les confidences se font intimes. On chuchote...

          Il y a une chose que j'adore et que certaines infirmières détestent: j'appelle ça le "poupougnage". Ca consiste à faire différentes choses diverses pour que les patients dépendants se sentent bien et donc puissent dormir confortablement... Changer la protection, changer ou tirer les draps, mettre une carafe d'eau a disposition ou un urinal, faire un massage, discuter, sourire... Ça me change tellement des urgences ou c'est l'effervescence permanente! Un vrai plaisir...

          Voilà, c'était un peu du boulot... Encore.

Posté par amli à 22:26 - boulot - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


sans logis.

          Ils arrivent, toujours avec le même visage tiré et fatigué. Le sommeil leur manque, comme la chaleur d'un foyer. Pourtant, diront certains "ils n'ont rien a faire de leurs journées".. Ils vivent au crochets de la société... J'ai vu un homme qui avait tellement froid qu'il ne pouvait plus parler. J'ai vu un homme sentant tellement mauvais que j'ai dû mettre un masque pour prendre soin de lui. J'ai vu le regard de ce couple frigorifié, si heureux devant leurs soupe a 3 heures du matin, et pourtant, elle n'était pas bonne, moi, je ne l'aurais pas bu. Mais m'a dit le surveillant, pour eux, ça suffira bien. Et ils m'ont dit merci, et j'ai eu honte.

          J'ai souvent honte de tout ce que nous ne faisons pas pour eux. Ce que nous faisons n'est jamais suffisant, on pallie à l'urgence, on EST aux urgences.

 

Posté par amli à 22:24 - boulot - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 décembre 2008

YANNIS tout seul...

          Elle arrive avec son fils... Il a deux mois, il a une bronchiolite, elle n'est pas très sévère, il va plutôt bien. Mais elle, non. Elle est défaite, anéantie. Elle a retrouvé le jumeau de Yannis mort dans son berceau il y a quelques heures... Il avait lui aussi la bronchiolite, pas trop sévère avait dit le pédiatre, traitement, kiné, et retour à la maison, pas de quoi s'inquiéter avait il dit. La douleur de cette femme est insoutenable maintenant, son bébé est seul et elle aussi, le papa est absente il a accompagné "l'autre petit" en un autre lieu... Ils sont ensemble, tous les trois, et pourtant tellement seuls maintenant. On a hospitalisé Yannis. Sa mère aussi. Ce petit me fait penser a un petit Christophe, il a perdu lui aussi son jumeau, il y a 60 ans...

          Je suis rentrée chez moi ce matin... Tout le monde dormait. J'ai été voir si ma petite de cinq mois respirait, avec une vraie angoisse... Ma vie a repris, les filles se sont levées pour aller a l'école et ma vie a continué.

La plus grande douleur imaginable pour un être humain est de perdre un enfant. Je le crois, profondément.

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10 janvier 2008

j'ai appris...

   

Une des choses les plus grandes que j'ai appris en travaillant aux urgences... C'est la solitude. Telleement de personnes arrivent seules aux urgences, personne ne peut venir les chercher quand ils vont mieux, ils rentrent a pieds ou en taxis... Et les personnes âgées "abandonnées" livrées à elles même dans les couloirs de l'hôpital, personne pour les choyer, personne pour les entourer... Même le soir de noël.

    Malgré la meilleure volonté du monde, lorsque 30 ou 40 patients attendent leur prise de sang, leurs injections ou plus simplement leurs papiers de sortie on ne peut pas tenir la main de chacune d'elles. Mais je suis confrontée, chaque nuit de travail à la détresse des personnes seules... Après une vie de 80 ou 90 ans, se retrouver seul, personne qui ne s'occupe de vous mis a part des professionnels qui sont rémunérés pour cela alors si c'est moi,  je préfèrere partir. Pourquoi continuer si ce n'est pour ceux qui nous aiment? Et ceux qui nous aiment se déplacent. Même si les escargots du réveillon refroidissent.

    Voilà, une fois n'est pas coutume, c'était mon "coup de gueule"... S'il vous plait n'abandonnez personne, de nos jours,  on est plus proche des chiens que des gens.
    biz!_vieux

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26 décembre 2007

une nuit "différente"

Cet article aurait tout aussi bien pu s'intituler, une nuit comme les autre. Aucun patient ni aucune famille ne m'a souhaité une bonne fête de noël, j'en suis restée toute étonnée. Ce n'est pourtant pas faute de sourires ni de soins portés...

Je suis partie le 24 décembre au soir plutôt triste de quitter ma famille, mes petites attendaient le père noël.... Mais je me suis dit aussi que j'allais passer une nuit "différente", les rencontres a mon sens sont a faire, et plus particulièrement cette nuit là.

Et bien ce fût différent, on peut le dire ici... Une affluence de personnes plus énervées les unes que les autres, voulant être sorties avant d'être arrivées... J'ai cru naïvement que les esprits seraient plus apaisés, les personnalités plus indulgentes. En réalité, agressivité et tensions furent de la partie et malheureusement beaucoup de personnes âgées, seules.

Je me suis dit que jamais je n'aurais laissé ma grand mère de 90 ans démente seule dans un couloir des urgences la nuit de noël... Et bien ça existe. Je l'ai vu de mes yeux et ceci n'est pas un cas isolé. Nous avons rempli les lits du service d'hospitalisation de courte durée avec des personnes seules. Agées et seules. Je suis déçue de la nature humaine ce soir.

Biz a bientôt.

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03 décembre 2007

séparation.

    Je suis au box de déchocage ce soir, on a déjà intubé un monsieur qui a fait une tentative de scuicide... C'était gravissime, il est parti en réanimation... Sorti d'affaire.

    Le SAMU appele, un monsieur fait une hémorragie extériorisée sur son cancer de la gorge. Il est choqué quand il arrive, il est avec sa femme... Nous appelons l'ORL de garde qui est chez lui. J'installe le monsieur qui est très angoissé, il n'a aucune mobilité de la langue à cause de son cancer... Mais, on arrive a se comprendre, au bout de quelques minutes, il esquisse même un sourire. Le contact est établi. L'ORL arrive, je commence par le mettre dehors, il est en civile et je ne l'avais pas reconnu... Ça me fait rire un peu, le monsieur aussi, l'ORL un peu moins mais c'est pas grave, ça aura eu l'avantage de lui changer les idées pendant quelques secondes....

Le médecin commence à lui enlever les pansement qu'il a dans la bouche, il veu voir sa femme, je la fais rentrer dans la pièce, les larmes envahissent leurs yeux. Et là, l'hémorragie recommence de façon massive. Il éructe du sang, m'éclabousse... J'aspire tant que je peut, essaye de le rassurer mais moi même je ne le suis pas! Le médecin est là, on appelle les réanimateurs puis tout va très vite. Je vois dans ses yeux (qu'il me semble je suis la seule à regarder) qu'il part. Nous essayons de le réanimer durant plus d'une heure, massage, intubation, adrénaline... Rien n'y fera il est mort.

    La pièce est un champ de bataille, tout le monde s'en va... Avec ma collègues je le prépare et appelle sa femme... Je reste là, je ne peut rien dire. Rien n'est assez fort pour exprimer la douleur de la séparation. Elle est venu avec son mari, elle rentrera seule. Il aura fumé durant des années. Certainement qu'il a essayé d'arrêter, promis, hésité... Elle reste seule.

    Au petit matin, j'ai encore demandé a mon mari d'arrêter de fumer. Il a souri.

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19 septembre 2007

Ignorance

    Elle a 16 ans. Elle arrive avec sa maman, car elle a mal au ventre depuis quelques jours... ( cela justifie t'il d'arriver dans un service d'urgence a 23 heures?). Elle est "ballonnée et malgrè sa mince corpulence elle affiche un ventre arrondi...

    Ma collègue l'orient directement en gynécologie, lui fait une prise de sang et appelle le gynéco pour l'examen... Les doutes se confirment, elle est enceinte ... DE QUATRE MOIS. Elle tombe de nues, ne s'y attendais pas, ne sait pas la date de ses dernières règles et n'avait rien remarqué. évidemment, c'est trop tard pour que cette jeune demoiselle puisse faire un choix sur l'avenir de ce bébé.

    Je suis toujours très étonnée dans ce genre de situation de la méconnaissance qu'ont les jeunes filles de leur corps... Et les mamans sont hyper naïves ou ne veulent pas voir. La contraception est souvent absente de la vie des jeunes filles comme si elles ne "savaient pas"... Est ce le rôle de l'école, des mamans, des médias? En tout cas il y a un dysfonctionnement quelque part pour en arriver a des situations tellement ubuesques... l'infirmière d'accueil avait deviné après moins de deux minutes d'entretien et la maman n'avait rien soupçonné...

Biz!

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06 septembre 2007

détresse

    Elle a 56 ans. Elle est atteinte d'un lymphome (tumeur au cerveau), les traitements ont été arrêtés il y a cinq ans. Elle ne réponds a aucune de mes question, son regard est vide mais elle ne semble pas souffrir. Elle vit avec son mari qui s'occupe d'elle assidument depuis 5 ans... Et plus. Aujourd'hui elle a beaucoup de fièvre et les pompiers l'ont amenés.

    Je m'occupe d'elle tout de suite. Je pense que c'est le signe de la fin de sa longue agonie. Son mari est là, le médecin lui propose de chercher une place en soins palliatifs. Lui répond qu'il peut et qu'il veut encore s'occuper de sa femme, il l'a toujours fait. Il veut rester avec elle jusqu'à la fin, c'est tout ce qui compte. Il ne veut pas qu'on les sépare. Leur fille est là aussi malgré l'heure avancée de la nuit. Il est trois heures du matin. Elle prends soins de son papa, se soucie de sa fatigue. Je m'entretient longuement avec eux après le passage du médecin, c'est a eux de prendre les décisions et celles ci ne se prennent pas à la légère, il faut du temps.

    Ce monsieur est tellement attentif, il connait son épouse parfaitement même si au fil du temps elle est devenue dépendante. Cette famille est en détresse et nous assistons souvent à ce genre de détresse sans pouvoir y répondre, on a pu leur expliquer et leur laisser du temps....

a bientôt! biz

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31 août 2007

paternité

    Il arrive en traumatologie vers 23 heures avec ses deux petits enfants une petite de 4 ans et un bébé de 18 mois environs... La petite s'est cognée à la fenêtre, elle a une toute petite plaie au crâne...

    Il semble perdu, a apporté le carnet de santé de la petite qui pleure. Je me penche vers elle, elle n'a pas peur ni mal, elle doit juste faire pipi et n'ose pas le dire. Tout en prenant soin de la petite, je discute avec le papa. Il est désemparé. Il a la garde de ses enfants depuis deux semaines, la maman est partie. Il est complètement débordé. Il n'a pas de doliprane à la maison, ne sait pas le poids de sa fille, ne connait pas le nom du pédiatre... Ils sont tellement attendrissants, ils sont bien ensemble, c'est évident mais ils sont aussi complètement perdus tous les trois. Ils ont tellement de problèmes à résoudre ensemble, des habitudes à prendre, un quotidien a trouver.

    Je garde cette petite famille en tête car ils avaient l'air si seul et aussi si bien ensemble.
    A bientôt,  biz!

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07 août 2007

On tourne pas rond.

   

      Brièvement revenue de ma retraite campagnarde pour travailler dans notre cher hôpital public, j'en tire les conclusions suivantes.

    Je quitte un endroit ensoleillé, ou les gens sont heureux et détendus, l'espace y est roi....

    A l'hôpital, on manque de place, les gens sont parqués dans des boxes, en dépit de leur intimité et parfois de leur dignité. Les patients s'invectivent quand ce n'est pas le personnel... Ce fût une nuit pourtant relativement calme mais tellement en contraste avec la vraie vie, celle du dehors, celle du soleil et de la terre. Les vieux y sont seuls et les jeunes filles font leurs tentatives de suicide sans que personne ne se retourne...

    J'y retourne ce soir, je vous raconterais!
    biz

Posté par amli à 17:45 - boulot - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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